Introduction et historique

 “L’événement qui se développe là-bas et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique.“
Jean Jaurès, 29 juin 1907

 

En ce début de 20 ème siècle, on a dans le Midi le sentiment que beaucoup de choses ne vont plus comme avant. La culture de la vigne jadis si prospère goûte peu à peu et inexorablement l’amertume de la pauvreté. Après avoir combattu toutes sortes de calamités – la grande épidémie de Phylloxéra entre 1875 et 1890 a ravagé les trois quarts des plantations – de s’être maintes fois relevés, on se trouve devant la persistante mévente du vin, impuissants et démunis.

Pourtant un homme, Marcelin Albert simple paysan de l’Aude, ne s’avoue pas vaincu. Ce touche-à-tout qui est aussi cafetier et directeur d’une troupe de théâtre, s’émeut de la misère qui grandit. Alors qu’on le traite de fou, il va pendant près de 7 ans, avec l’obstination d’un engagement quasi mystique, réussir à émouvoir les gens, soulever les foules et devenir le chef de file d’un fantastique mouvement.

Ainsi le 9 juin 1907, après plusieurs semaines de meetings rassemblant des masses considérables et toujours plus nombreuses, une marée humaine de 800 000 manifestants envahie les rues de Montpellier. Au même instant, 8000 personnes défilent à Brignoles. Le Var, où la révolte est partie de Néoules, est en effet le seul département hors du Languedoc à s’être fédéré au mouvement.

Quelques jours plus tard le mouvement se durcit. Près de 500 conseils municipaux démissionnent, la grève de l’impôt est décrétée, un bataillon se mutine à Béziers et fait naître la légende du 17 ème de ligne « les soldats de la crosse en l’air »… Les autorités débordées, la troupe tire dans la foule et assassine des innocents.

Le gouvernement de Clemenceau vacille.

Ce soulèvement sans précédent, le plus grand évènement social que la France est connue avant la première guerre mondiale, dernière grande irruption populaire régionale de l’Histoire de France, va exposer le Midi en tant qu’entité territoriale marquant sa différence. Sur le plan social, ces évènements vont lancer le mouvement coopératif et modifier durablement l’organisation de la viticulture.

Les protagonistes

Marcelin Albert

Né en 1851 à Argeliers et mort en 1921. Cafetier et vigneron considéré comme le meneur de la révolte des vignerons.

En 1900, il se lance dans la lutte pour la défense du vin naturel contre le vin de fraude, contre la restriction des droits des bouilleurs de cru tout d’abord, contre la détaxe sur le sucre par la suite.

Discrédité par Georges Clemenceau, il est emprisonné et manque d’être lynché à sa sortie de prison. Il meurt dans la misère et l’oubli.

Surnommé « lou Cigal  » par Ferroul (parce qu’il haranguait la foule depuis un platane), il est aujourd’hui considéré comme un héros du syndicalisme viticole.

 

 

 

 

Ernest Ferroul

Le docteur Ernest Ferroul (1853,1921) félibre rouge, maire socialiste de Narbonne est un « tribun au verbe puissant et dominateur… ». Sceptique au début, il devient « le lieutenant » d’Albert, puis le véritable chef de la révolte des vignerons. Il donne une dimension politique au mouvement viticole qu’il entraine dans une désobéissance civique par la grève de l’impôt et la démission des mairies.

 

 

 

 

 

Georges Clémenceau

Il accède le 25 octobre 1906 à la présidence du Conseil. Ses années à la tête du ministère de l’Intérieur et de la Présidence du Conseil se caractérisent par une importante réforme des polices et par une politique vigoureuse à l’égard des syndicats et des grévistes. Clemenceau se brouille durablement avec les socialistes, et particulièrement avec leur chef, Jean Jaurès.

Il s’illustre par sa férocité, à la fois contre le personnel politique et contre les mouvements sociaux, réprimant dans le sang la grève des mineurs du Pas-de-Calais et la révolte des vignerons du Languedoc, ou quand il fait répandre par la presse le bruit qu’il a payé le billet de retour du « meneur » Marcelin Albert afin de le déconsidérer, ce qui lui vaudra le surnom de briseur de grèves

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