A propos de Germain Nouveau

Germain Nouveau naît en 1851 à Pourrières dans le Var, il y meurt en 1920. Entre les deux, 50 ans de recherche éperdue de l’Amour…

A 20 ans, poussé par le vent de l’aventure, de la poésie et du dessin qu’il pratique, il débarque à Paris. Immédiatement attiré par l’effervescence des cafés de la rive gauche, il se lit à Richepin, Mallarmé, Lisle d’Adam, Cros, Dierx… Un soir, au mythique café Tabourey, on lui désigne un homme solitaire, c’est Arthur Rimbaud. Il s’approche, ils discutent. C’est  le coup de foudre. Le lendemain, les deux hommes partent pour Londres. Rimbaud y écrira les Illuminations, Nouveau en reviendra exténué et métamorphosé.

De retour en France, Nouveau fait la connaissance de Verlaine. Ce dernier va lui faire découvrir la vie de Saint Benoît Labre, mendiant entre les mendiants qui se voua à l’humilité, au pèlerinage. Nouveau s’émerveille et s’identifie à ce chercheur d’absolu et d’abnégation. Vers la fin de sa vie, il effectuera tous les pèlerinages sur les pas de son modèle mystique : Rome, St Jacques de Compostelle, Jérusalem,… dans le plus pur dénuement, cherchant les railleries, les quolibets, vivant dans la fange, marchant pied nu…

La vie Germain Nouveau est en effet marquée par d’incessants voyages. Lorsqu’il n’est pas Paris, il est à Londres avec Verlaine, à Bruxelles,… Il tente de se fixer au ministère de l’instruction publique, mais cette vie n’est pas pour lui. On le retrouve au Liban professeur de dessin, portraitiste dans les rues d’Alger… Une constante, cependant : ses retours réguliers en Provence, chez son oncle ou sa sœur (Nouveau a perdu son père et sa mère lorsque ‘il était enfant). Comme si son soleil et sa terre natale qu’il a tenté d’oublier dans les nuits parisiennes ou les brumes londoniennes, pouvaient agir sur lui comme un pardon. La maison comme un point… Ce point autour duquel la destin de cet homme n’aurait peut être finalement aucun sens; son village de Pourrières où il meurt à près de 70 ans, au cours d’un jeûne trop sévère entre Pâques et le Vendredi Saint.

 

Ce qui nous est parvenu de Nouveau est bref. « La Doctrine de l’amour » chant de mystique chrétienne, écrite vers 1880 et « Valentines » écrites un peu plus tard, alors qu’il tombe amoureux, constituent à peu près l’essentiel de l’oeuvre éditée.

Deux inspirations qui reflètent les deux faces du poète : l’une en recherche de rédemption dans la foi, l’autre jouisseuse et sensuelle témoignant d’une insouciance, d’un goût pour la vie et l’amour charnel. Deux polarités entre lesquelles Nouveau n’a cessé d’alterner jusqu’à l’extrême, trouvant dans la prière, le jeûne et le dénuement, le pardon d’une vie excentrique et instable aggravée par l’abus d’absinthe.

Mais si l’œuvre qui nous est parvenue est courte, c’est bien en partie au caractère de son auteur qu’on le doit. Considérant la notoriété comme pure vanité, il s’est toujours opposé à ce qu’on publie ses vers, allant même jusqu’à poursuivre en justice ceux qui à son insu l’avaient fait.

 

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Louis Aragon – les Lettres Françaises, 7 octobre 1948

« A l’heure où se débat pour le poète des Illuminations tout le drame de sa vie, il y a près de lui un jeune homme, un autre lui même, son compagnon de Londres, Germain Nouveau,(…) Mais Nouveau, lui, n’est, ne demeure que le domaine de quelque uns. Et cependant jamais ils n’ont voulu faire de l’auteur des Valentines et de Savoir aimer ce qu’il est : non un poète mineur, mais un grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal. »

André Breton – Conférence de Barcelone, Novembre 1922

« Il rôde actuellement de par le monde quelques individus pour qui l’art a cessé d’être une fin… Chacun de vous sait qu’une œuvre comme celle de Rimbaud ne s’arrête pas, comme l’enseigne les manuels, en 1875 (…). Elle est doublée en ce sens de celle d’un autre grand poète malheureusement peu connu, Germain Nouveau, qui de bonne heure renonça même à son nom et se mit à mendier. La raison d’une telle attitude défie étrangement les mots,(…) »

Jacques Lovichi auteur en 1961 (rééditées en 2005) de la thèse en «G. Nouveau, Précurseur du surréalisme?»

« Mystique et sensuel Nouveau l’a été, certes, (…). Sa vie loin d’être exemplaire, est cependant d’un haut exemple. On y voit comment un homme, ni meilleur ni pire qu’un autre, a eu, en toute circonstances, le souci d’aller au bout de lui-même. Cette recherche de l’authenticité à tout prix menée parallèlement dans la vie et dans l’œuvre, bien rares sont les artistes qui peuvent se vanter de l’avoir poussé jusqu’au extrêmes limites…

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