Quelques lignes …

Tiré de « Dernier Madrigal »

Quand je mourrai, ce soir peut-être, Je n’ai pas de jour préféré, Si je voulais, je
suis le maître, Mais… ce serait mal me connaître, N’importe, enfin, quand je mourrai.

Mes chers amis, qu’on me promette de laisser le bois… au lapin, Et, s’il vous
plaît, qu’on ne me mette pas, comme une simple allumette, Dans une boîte de sapin ;

Car, je ne veux rien, je vous jure ; Pas de cercueil ; quant au tombeau,

J’y ferais mauvaise figure, Je suis peu fait pour la sculpture, Je le refuse, fût-il beau.

 

« Poison Perdu » (Poème écrit à l’attention de Rimbaud)

Des nuits du blond et de la brune pas un souvenir n’est resté

Pas une dentelle d’été, pas une cravate commune,

Et sur le balcon où le thé se prend aux heures de la lune

Il n’est resté de trace aucune, pas un souvenir n’est resté.

Seule au coin d’un rideau piqué, brille une épingle à tête d’or

Comme un gros insecte qui dort. Pointe d’un fin poison trempée

Je te prend, sois moi préparée aux heures des désirs de mort.

 

Tiré de « La Maison »

Petite sœur, tu fus l’ardent et pur charbon jeté dans le fragile encensoir de ma vie;

Mais ton odeur au fond de l’église ravie est bien délicieuse et longue à respirer!

C’est vers toi, sur la terre où l’on est las d’errer, C’est vers ton ciel qu’il faut
chercher la bonne étoile Elle luit à travers les candeurs de ton voile, plus forte,
entre le monde et toi, qu’un mur d’airain Et c’est vrai, quand du fond de ton
songe serein, Ton clair regard, celui de tous que je préfère, Comme un peu sur
un fils s’arrête sur le frère, C’est presque un goût exquis des mystères des cieux
C’est ma mère qui me regarde avec tes yeux.

 

Tiré de « l’agonisant »

Ce doit être bon de mourir, D’expirer, oui, de rendre l’âme,

De voir enfin les cieux s’ouvrir; Oui, bon de rejeter sa flamme

Hors d’un corps las qui va pourrir; Oui, ce doit être bon, Madame,

Ce doit être bon de mourir!

Bon, comme de faire l’amour, L’amour avec vous, ma Mignonne,

Oui, la nuit, au lever du jour, Avec ton âme qui rayonne,

Ton corps royal comme une cour; Ce doit être bon, ma Mignonne,

Oui, comme de faire l’amour;

 

Tiré de « Cantique à La Reine  »

Aimez ! L’amour vous met au coeur un peu de jour; Aimez, l’amour allège;

Aimez, car le bonheur est pétri dans l’amour Comme un lys dans la neige !

L’amour n’est pas la fleur facile qu’au printemps L’on cueille sous son aile,

Ce n’est pas un baiser sur les lèvres du temps, C’est la fleur éternelle,

Nous faisons pour aimer d’inutiles efforts, Pauvres coeurs que nous sommes!

Et nous cherchons l’amour dans l’étreinte des corps Et l’amour fuit les hommes.

(…)

Ce n’est pas que je croie habiter les sommets de la science avare,

Et je n’ai pas le fruit de la sagesse, mais l’amour de ce fruit rare ;

Au surplus je n’ai pas l’améthyste à mon doigt, je ne suis pas du temple,

Et je sais qu’un chrétien pur et simple ne doit à tous que son exemple.

 

Je ne suis pas un prêtre arrachant au plaisir un peuple qu’il relève ;

Je ne suis qu’un rêveur et je n’ai qu’un désir : dire ce que je rêve.

 

Tiré de « Fou » mis en chanson

Mais, je ne suis qu’un fou; je danse,

Je tambourine avec mes doigts Sur la vitre de l’existence.

Qu’on excuse mon insistance, C’est un fou qu’il faut que je sois!

 

Tiré de « Le Baiser »

Comme une ville qui s’allume Et que le vent vient embraser,

Tout mon coeur brûle et se consume, J’ai soif, oh! J’ai soif d’un baiser.

Baiser de la bouche et des lèvres Où notre amour vient se poser,

Plein de délices et de fièvres, Ah! J’ai soif, j’ai soif d’un baiser!

Baiser multiplié que l’homme Ne pourra jamais épuiser,

0 toi, que tout mon être nomme, J’ai soif, oui, j’ai soif d’un baiser.

Fruit doux où la lèvre s’amuse, Beau fruit qui rit de s’écraser,

Qu’il se donne ou qu’il se refuse, je veux vivre pour ce baiser…

 

Tiré de Mémorare

Je ferai Quatre-Temps, Vigiles, Tout le Carême en sa rigueur; Comme un chrétien des Évangiles, J’enchaînerai mes yeux agiles, Ne levant au Ciel que mon coeur.

Je m’infligerai des supplices Avec ma corde au noeud serré, Ma discipline et mes cilices; Je dois faire aussi mes délices des rires que j’exciterai.

Si quelque affreux crachat qui passe vient à tomber près de mes pieds, ma langue en boit jusqu’à la trace : Ceux qui sont empreints sur Sa Face Seront-ils jamais expiés!

Tiré de « Très méchante ballade d’un pauvre petit gueux »

Moyen ne suis, encore moins géant, d’un joli laid, et bête oui, mais trop bête ;

Tantôt assis, tantôt sur mon séant, tantôt mes pieds supportant mon squelette ;

Tête je n’ai que « pour faire une tête », n’ayant rien plus ni de pipe au chapeau ;

Mais aille dans la lune, ou la lunette, qui n’a pitié du gueux Germain Nouveau

 

Tiré du Calepin du Mendiant

Je n’ai pas tenu dans mes doigts

Une lyre orgueilleuse et rare

Mais un pauvre instrument barbare

Taillé dans l’arbre de la croix

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