Germain Nouveau – Le Mendiant Magnifique (2009)

Etrange destin que celui de Germain Nouveau…

Rimbaud, Verlaine, Nouveau : trois amis, trois destins si proches, trois œuvres admirables.

Pourtant, l’un des 3 est étranger à la postérité. Mystérieusement, Germain Nouveau, vers la fin de sa vie, fait vœu de renoncement et  refuse qu’on le publie. Mais très vite sa recherche de l’authenticité à tout prix, menée à la fois dans la vie et dans l’œuvre, attire les Surréalistes.

Afin de (re)découvrir son œuvre marquée par la quête infatigable de l’amour, comédien et musicien mettent ici en musique et en mouvement les mots de ce magnifique poète.

À propos de Germain Nouveau

Germain Nouveau naît en 1851 à Pourrières dans le Var, il y meurt en 1920. Entre les deux, 50 ans de recherche éperdue de l’Amour…

À 20 ans, poussé par le vent de l’aventure, de la poésie et du dessin qu’il pratique, il débarque à Paris. Immédiatement attiré par l’effervescence des cafés de la rive gauche, il se lit à Richepin, Mallarmé, Lisle d’Adam, Cros, Dierx… Un soir, au mythique café Tabourey, on lui désigne un homme solitaire, c’est Arthur Rimbaud. Il s’approche, ils discutent. C’est  le coup de foudre. Le lendemain, les deux hommes partent pour Londres. Rimbaud y écrira les Illuminations, Nouveau en reviendra exténué et métamorphosé.

De retour en France, Nouveau fait la connaissance de Verlaine. Ce dernier va lui faire découvrir la vie de Saint Benoît Labre, mendiant entre les mendiants qui se voua à l’humilité, au pèlerinage. Nouveau s’émerveille et s’identifie à ce chercheur d’absolu et d’abnégation. Vers la fin de sa vie, il effectuera tous les pèlerinages sur les pas de son modèle mystique : Rome, St Jacques de Compostelle, Jérusalem,… dans le plus pur dénuement, cherchant les railleries, les quolibets, vivant dans la fange, marchant pied nu…

La vie Germain Nouveau est en effet marquée par d’incessants voyages. Lorsqu’il n’est pas Paris, il est à Londres avec Verlaine, à Bruxelles,… Il tente de se fixer au ministère de l’instruction publique, mais cette vie n’est pas pour lui. On le retrouve au Liban professeur de dessin, portraitiste dans les rues d’Alger… Une constante, cependant : ses retours réguliers en Provence, chez son oncle ou sa sœur (Nouveau a perdu son père et sa mère lorsque ‘il était enfant). Comme si son soleil et sa terre natale qu’il a tenté d’oublier dans les nuits parisiennes ou les brumes londoniennes, pouvaient agir sur lui comme un pardon. La maison comme un point… Ce point autour duquel la destin de cet homme n’aurait peut être finalement aucun sens; son village de Pourrières où il meurt à près de 70 ans, au cours d’un jeûne trop sévère entre Pâques et le Vendredi Saint.

 

Ce qui nous est parvenu de Nouveau est bref. « La Doctrine de l’amour » chant de mystique chrétienne, écrite vers 1880 et « Valentines » écrites un peu plus tard, alors qu’il tombe amoureux, constituent à peu près l’essentiel de l’oeuvre éditée.

Deux inspirations qui reflètent les deux faces du poète : l’une en recherche de rédemption dans la foi, l’autre jouisseuse et sensuelle témoignant d’une insouciance, d’un goût pour la vie et l’amour charnel. Deux polarités entre lesquelles Nouveau n’a cessé d’alterner jusqu’à l’extrême, trouvant dans la prière, le jeûne et le dénuement, le pardon d’une vie excentrique et instable aggravée par l’abus d’absinthe.

Mais si l’œuvre qui nous est parvenue est courte, c’est bien en partie au caractère de son auteur qu’on le doit. Considérant la notoriété comme pure vanité, il s’est toujours opposé à ce qu’on publie ses vers, allant même jusqu’à poursuivre en justice ceux qui à son insu l’avaient fait.


Louis Aragon – les Lettres Françaises, 7 octobre 1948

« À l’heure où se débat pour le poète des Illuminations tout le drame de sa vie, il y a près de lui un jeune homme, un autre lui même, son compagnon de Londres, Germain Nouveau,(…) Mais Nouveau, lui, n’est, ne demeure que le domaine de quelque uns. Et cependant jamais ils n’ont voulu faire de l’auteur des Valentines et de Savoir aimer ce qu’il est : non un poète mineur, mais un grand poète. Non un épigone de Rimbaud : son égal. »

André Breton – Conférence de Barcelone, Novembre 1922

« Il rôde actuellement de par le monde quelques individus pour qui l’art a cessé d’être une fin… Chacun de vous sait qu’une œuvre comme celle de Rimbaud ne s’arrête pas, comme l’enseigne les manuels, en 1875 (…). Elle est doublée en ce sens de celle d’un autre grand poète malheureusement peu connu, Germain Nouveau, qui de bonne heure renonça même à son nom et se mit à mendier. La raison d’une telle attitude défie étrangement les mots,(…) »

Jacques Lovichi auteur en 1961 (rééditées en 2005) de la thèse en « G. Nouveau, Précurseur du surréalisme ? »

« Mystique et sensuel Nouveau l’a été, certes, (…). Sa vie loin d’être exemplaire, est cependant d’un haut exemple. On y voit comment un homme, ni meilleur ni pire qu’un autre, a eu, en toute circonstances, le souci d’aller au bout de lui-même. Cette recherche de l’authenticité à tout prix menée parallèlement dans la vie et dans l’œuvre, bien rares sont les artistes qui peuvent se vanter de l’avoir poussé jusqu’au extrêmes limites…

Présentation du spectacle

Pour concevoir ce spectacle, il m’est apparu que l’existence de Germain Nouveau constituait un matériau riche. Sa rencontre avec Rimbaud puis avec Verlaine, ses élans mystiques, sa vie de débauche, ses voyages incessants, sa fin tragique, pouvaient en effet constituer les nœuds d’un récit, d’une narration.

De plus, avec à notre disposition la quasi-totalité de ses correspondances (savamment compilées par P.O Walzer dans la collection La Pléiade) qui rendaient bien compte de ses vicissitudes, l’idée s’est rapidement imposée de mettre le cours de sa vie réelle en regard de sa vie rêvée que sont ses poèmes.

Ce choix nous semblait d’autant plus cohérent que Nouveau parle de lui sans cesse dans ses écrits. Ses envolées lyriques ou mystiques, sa quête d’Amour, son attachement aux petites choses du quotidien reflètent ses états d’âme ; lorsque il s’adresse aux femmes, à la Vierge, aux Saints, il nous livre ses questionnements, ses blessures, son idéal.

 Les compositions musicales jouées sur scène sont au coeur de cette création : en prolongement des textes, dans les silences, en chanson. La musique comme avatar de la poésie nouvellienne vient éclairer les climats, les émotions. Dans une position de double permanent au comédien, le musicien traduit à sa manière la chair et le cœur de Nouveau.

Scéniquement, cette gémellité prend appui sur une structure mobile en forme de clocher d’église (symbolisant l’attachement à sa terre autant que sa recherche d’absolu) et sur laquelle comédien et musicien font corps sans jamais se rencontrer.

Quelques lignes… tiré de  Dernier Madrigal

  • Quand je mourrai, ce soir peut-être,  Je n’ai pas de jour préféré,
  • Si je voulais, je suis le maître,  Mais… ce serait mal me connaître,
  • N’importe, enfin, quand je mourrai.
  • Mes chers amis, qu’on me promette de laisser le bois… au lapin,
  • Et, s’il vous plaît, qu’on ne me mette pas, comme une simple allumette,
  • Dans une boîte de sapin ;  Car, je ne veux rien, je vous jure ;
  • Pas de cercueil ; quant au tombeau, J’y ferais mauvaise figure,
  • Je suis peu fait pour la sculpture, Je le refuse, fût-il beau.

Poison Perdu  (Poème écrit à l’attention de Rimbaud)

  • Des nuits du blond et de la brune pas un souvenir n’est resté
  • Pas une dentelle d’été, pas une cravate commune,
  • Et sur le balcon où le thé se prend aux heures de la lune
  • Il n’est resté de trace aucune, pas un souvenir n’est resté.
  • Seule au coin d’un rideau piqué, brille une épingle à tête d’or
  • Comme un gros insecte qui dort. Pointe d’un fin poison trempée
  • Je te prend, sois moi préparée aux heures des désirs de mort.

Tiré de  La Maison

  • Petite sœur, tu fus l’ardent et pur charbon jeté dans le fragile encensoir de ma vie;
  • Mais ton odeur au fond de l’église ravie est bien délicieuse et longue à respirer !
  • C’est vers toi, sur la terre où l’on est las d’errer,
  • C’est vers ton ciel qu’il faut chercher la bonne étoile
  • Elle luit à travers les candeurs de ton voile, plus forte, entre le monde et toi, qu’un mur d’airain
  • Et c’est vrai, quand du fond de ton songe serein,
  • Ton clair regard, celui de tous que je préfère,
  • Comme un peu sur un fils s’arrête sur le frère,
  • C’est presque un goût exquis des mystères des cieux
  • C’est ma mère qui me regarde avec tes yeux.

Tiré de  L’agonisant

  • Ce doit être bon de mourir, D’expirer, oui, de rendre l’âme,
  • De voir enfin les cieux s’ouvrir; Oui, bon de rejeter sa flamme
  • Hors d’un corps las qui va pourrir; Oui, ce doit être bon, Madame,
  • Ce doit être bon de mourir!
  • Bon, comme de faire l’amour, L’amour avec vous, ma Mignonne,
  • Oui, la nuit, au lever du jour, Avec ton âme qui rayonne,
  • Ton corps royal comme une cour; Ce doit être bon, ma Mignonne,
  • Oui, comme de faire l’amour;

Tiré de Cantique à La Reine

  • Aimez ! L’amour vous met au coeur un peu de jour; Aimez, l’amour allège;
  • Aimez, car le bonheur est pétri dans l’amour Comme un lys dans la neige !
  • L’amour n’est pas la fleur facile qu’au printemps L’on cueille sous son aile,
  • Ce n’est pas un baiser sur les lèvres du temps, C’est la fleur éternelle,
  • Nous faisons pour aimer d’inutiles efforts, Pauvres coeurs que nous sommes!
  • Et nous cherchons l’amour dans l’étreinte des corps Et l’amour fuit les hommes.

(…)

  • Ce n’est pas que je croie habiter les sommets de la science avare,
  • Et je n’ai pas le fruit de la sagesse, mais l’amour de ce fruit rare ;
  • Au surplus je n’ai pas l’améthyste à mon doigt, je ne suis pas du temple,
  • Et je sais qu’un chrétien pur et simple ne doit à tous que son exemple.
  • Je ne suis pas un prêtre arrachant au plaisir un peuple qu’il relève ;
  • Je ne suis qu’un rêveur et je n’ai qu’un désir : dire ce que je rêve.

Tiré de Fou  mis en chanson

  • Mais, je ne suis qu’un fou; je danse,
  • Je tambourine avec mes doigts Sur la vitre de l’existence.
  • Qu’on excuse mon insistance, C’est un fou qu’il faut que je sois!

Tiré de Le Baiser

  • Comme une ville qui s’allume Et que le vent vient embraser,
  • Tout mon coeur brûle et se consume, J’ai soif, oh! J’ai soif d’un baiser.
  • Baiser de la bouche et des lèvres Où notre amour vient se poser,
  • Plein de délices et de fièvres, Ah! J’ai soif, j’ai soif d’un baiser!
  • Baiser multiplié que l’homme Ne pourra jamais épuiser,
  • 0 toi, que tout mon être nomme, J’ai soif, oui, j’ai soif d’un baiser.
  • Fruit doux où la lèvre s’amuse, Beau fruit qui rit de s’écraser,
  • Qu’il se donne ou qu’il se refuse, je veux vivre pour ce baiser…

Tiré de Mémorare

  • Je ferai Quatre-Temps, Vigiles, Tout le Carême en sa rigueur;
  • Comme un chrétien des Évangiles,
  • J’enchaînerai mes yeux agiles, Ne levant au Ciel que mon coeur.
  • Je m’infligerai des supplices
  • Avec ma corde au noeud serré,
  • Ma discipline et mes cilices;
  • Je dois faire aussi mes délices des rires que j’exciterai.
  • Si quelque affreux crachat qui passe vient à tomber près de mes pieds, ma langue en boit jusqu’à la trace :
  • Ceux qui sont empreints sur Sa Face Seront-ils jamais expiés!

Tiré de Très méchante ballade d’un pauvre petit gueux

  • Moyen ne suis, encore moins géant, d’un joli laid, et bête oui, mais trop bête ;
  • Tantôt assis, tantôt sur mon séant, tantôt mes pieds supportant mon squelette ;
  • Tête je n’ai que « pour faire une tête », n’ayant rien plus ni de pipe au chapeau ;
  • Mais aille dans la lune, ou la lunette, qui n’a pitié du gueux Germain Nouveau

Tiré du Calepin du Mendiant

  • Je n’ai pas tenu dans mes doigts
  • Une lyre orgueilleuse et rare
  • Mais un pauvre instrument barbare
  • Taillé dans l’arbre de la croix

Création 2009 et diffusion

Germain Nouveau, Le Mendiant Magnifique  a été créé le 8 juillet 2009 à la Salle Roquille dans le cadre du festival d’Avignon Off 2009. Le travail de répétition  s’est effectué lors de 2 résidences de travail à l’Espace Comédia à Toulon ainsi que dans les locaux du théâtre de l’Imparfait à Brignoles. Ce spectacle a reçu le soutien du Conseil Général du Var et de la Ville de Pourrières.

DIFFUSION 2009/2010 :
– Avignon Festival OFF 2009 Salle Roquille du 8 au 30 juillet
–  Pourrières « Journées Germain Nouveau » le 12 septembre 2009
– Marseille  » La Méson » 27 et 28 novembre 2009
– Toulon  » Le Comédia » 15 et 17 janvier 2010
– Barjols  » Centre Ellias » 27 février 2010
– Marseille  » Point de Bascule, Rencontre Germain Nouveau » 27 et 28 mai
– Avignon Off 2010 Centre Européen de Poésie d’Avignon du 8 au 30 juillet
– Montfort Les Nuits du Château le 6 aout 2010

Mise en scène : Philippe Chuyen
Musique : Jean-Louis Todisco
Avec : Philippe Chuyen, Jean-Louis Todisco
Costume : Corinne Ruiz Guilloux
Lumière : Michel Neyton, Nolven Badeau

 Avec l’aide de la SPEDIDAM