Actuellement en tournée le spectacle « Les Pieds Tanqués »

Quatre joueurs sont en scène dans cette partie de pétanque de tous les dangers : un rapatrié d’Algérie, un français de l’immigration algérienne, un Provençal « de souche » et  un Parisien fraîchement arrivé en Provence. Au fil du jeu, on apprendra peu à peu qu’ils ont tous une blessure secrète, un lien filial et intime avec la guerre d’Algérie. Ils s’opposeront, se ligueront, livreront leur vérité… Cependant, ils auront à coeur de finir cette partie, sur ce terrain de boules qui les rassemble et les unit.

Pétanque et Guerre d’Algérie ?

Le terme pétanque vient des mots de l’occitan provençal  « pied » et tanca «pieu», donnant en français régional l’expression « jouer à pétanque » ou encore à « pés tanqués », c’est-à-dire avec les pieds joints et ancrés dans le sol, par opposition au jeu provençal où le joueur peut faire des pas et prendre de l’élan. Ce jeu, dont la règle impose d’être silencieux pour ne pas déconcentrer l’adversaire, est paradoxalement un lieu de la parole : une parole d’initié avec son vocabulaire propre, au second degré quand on est dans le Sud, parfois moqueur ou plus sérieux pour celui qui se prend au jeu.  L’échange est en effet quasi permanent, dans le geste ou  dans les silences qui en disent long, mais surtout dans le verbe. Yvan Audouard, grand conteur du Sud a dit du jeu de boules qu’il était à la Provence ce que le théâtre de Delphes était la Grèce antique, un lieu de Tragédie. Il terminait cependant en disant qu’à la fin d’une partie tout le monde meurt … de rire !  Au théâtre, on se relève aussi après la mort et on en rit. Car c’est aussi la fonction du théâtre : rire de la mort parce que ça nous tient en vie. Dans ce spectacle l’image du pied « tanqué » (au delà de la règle qui définit ce jeu) signifie celle du pied enraciné; le jeu lui-même, les rapports humains qui sont l’œuvre dans une population de déraciné ou d’enraciné  et le terrain , le territoire dans lequel les protagonistes se retrouvent et s’enracinent.

Un jeu donc pour évoquer les problématiques d’appartenance à un territoire, de déracinement  et d’enracinement, d’identité. Une partie de boules avec ses bons mots, ses galéjades, mais aussi ses coups bas, pour évoquer les blessures de l’exil, de la culpabilité, des rancœurs mais aussi des pardons.

 

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